Changer d'assurance emprunteur en cours de prêt —
à partir de quand ça ne vaut plus le coup
Le droit ne fait aucune différence entre un prêt d'un an et un prêt de dix-huit ans : vous pouvez changer dans les deux cas. L'arithmétique, elle, en fait une. Deux forces jouent l'une contre l'autre, et il faut les chiffrer avant de se lancer plutôt qu'après.
Deux forces qui tirent dans des sens opposés
La première joue contre vous et elle est bien connue : plus le prêt avance, moins il reste d'années à couvrir, donc moins il reste d'économie à faire. Sur un prêt de vingt-cinq ans entamé depuis vingt, il ne reste que cinq ans de cotisations à optimiser.
La seconde joue aussi contre vous et elle est moins souvent mentionnée : votre nouveau contrat sera tarifé sur votre âge d'aujourd'hui, pas sur celui que vous aviez à la souscription. Un emprunteur qui a signé à 32 ans et qui change à 52 ans se voit proposer un tarif de quinquagénaire, alors que son contrat groupe, lui, avait figé un tarif calculé sur une moyenne.
C'est ce second point qui produit les mauvaises surprises. Un contrat groupe bancaire mutualise et lisse : il coûte cher à 30 ans et devient relativement compétitif à 55. Une délégation individualise : elle est imbattable à 30 ans et perd son avantage à mesure que l'âge monte.
Il existe une troisième force, favorable celle-là, et elle est souvent décisive. Si votre situation personnelle s'est améliorée depuis la souscription, arrêt du tabac depuis plus de deux ans, ouverture du délai du droit à l'oubli, changement pour une profession moins exposée, le nouveau tarif peut chuter bien plus que l'âge ne le fait monter.
Ce que rapporte un changement selon l'ancienneté
Prêt initial de 250 000 euros sur 25 ans, souscrit à 35 ans, contrat groupe à 0,34 % sur capital initial. La colonne de droite tient compte du fait que la délégation est tarifée à l'âge atteint au moment du changement.
| Changement effectué à | Âge atteint | Années restantes | Gain estimé |
|---|---|---|---|
| 1 an | 36 ans | 24 ans | 11 000 à 14 000 € |
| 5 ans | 40 ans | 20 ans | 8 000 à 10 500 € |
| 10 ans | 45 ans | 15 ans | 4 500 à 6 500 € |
| 15 ans | 50 ans | 10 ans | 1 800 à 3 000 € |
| 18 ans | 53 ans | 7 ans | 700 à 1 500 € |
| 21 ans | 56 ans | 4 ans | 0 à 500 € |
La dernière ligne mérite qu'on s'y arrête. À 56 ans avec quatre ans restants, la délégation coûte parfois plus cher que le contrat groupe, parce que la tarification individuelle a rattrapé puis dépassé la tarification mutualisée. Dans ce cas, la bonne décision est de ne rien faire, et un courtier qui vous pousse quand même à changer ne travaille pas pour vous.
Le point de bascule se situe généralement entre 52 et 57 ans selon le profil. Il arrive beaucoup plus tôt pour un fumeur, et beaucoup plus tard pour quelqu'un qui a cessé de fumer entre-temps.
Les cinq chiffres à réunir avant tout calcul
Sans eux, toute estimation est une devinette. Ils prennent dix minutes à rassembler et se trouvent tous dans deux documents.
- Le capital restant dû exact : sur votre tableau d'amortissement ou votre espace client, à la date du jour. C'est lui, et non le capital emprunté, qui détermine ce qu'une délégation sur capital restant dû va vous coûter.
- La durée résiduelle en mois : nombre d'échéances restantes. Une durée exprimée en années arrondies fausse le calcul de plusieurs centaines d'euros sur les prêts longs.
- La base de calcul de votre contrat actuel : capital initial ou capital restant dû. Cette information figure aux conditions générales. Sans elle, comparer les taux affichés n'a aucun sens et conduit régulièrement à la mauvaise conclusion.
- Votre cotisation mensuelle actuelle en euros : le montant réellement prélevé, pas le taux. C'est la seule donnée qui ne se prête à aucune ambiguïté, et c'est celle qu'il faut comparer au montant de la nouvelle offre.
- Ce qui a changé dans votre situation : arrêt du tabac daté, fin de protocole thérapeutique, changement de profession, perte de poids significative. Chacun de ces éléments peut faire basculer un calcul défavorable en calcul favorable, et personne ne vous posera la question si vous ne la posez pas.
Quatre situations où le changement rapporte beaucoup
L'arrêt du tabac est le premier, et de loin le plus rentable. Le statut fumeur majore couramment la cotisation de soixante à cent pour cent. La plupart des assureurs considèrent comme non-fumeur une personne ayant cessé toute consommation depuis vingt-quatre mois, cigarette électronique comprise. Un emprunteur qui a arrêté il y a trois ans et qui paie encore un tarif fumeur laisse plusieurs milliers d'euros sur la table.
L'ouverture du droit à l'oubli est le deuxième. Cinq ans après la fin d'un protocole thérapeutique pour un cancer ou une hépatite C, sans rechute, vous n'avez plus rien à déclarer. Un nouveau contrat souscrit aujourd'hui ignore l'antécédent et supprime la surprime pour toutes les années restantes.
Le troisième est la stabilisation d'une pathologie chronique. Un diabète bien équilibré depuis plusieurs années, une affection thyroïdienne substituée et stable, une pathologie du dos sans récidive depuis longtemps se tarifent bien mieux qu'au moment du diagnostic. Les politiques médicales des assureurs varient d'ailleurs beaucoup sur ces profils, ce qui rend la mise en concurrence particulièrement rentable.
Le quatrième est le changement de profession. Un ancien couvreur devenu conducteur de travaux, un ancien chauffeur devenu sédentaire, un ancien militaire passé dans le civil : la surprime ou l'exclusion liée au métier n'a plus de raison d'être, et elle continue pourtant d'être prélevée tant que personne ne demande à revoir le contrat.
Trois choses à vérifier sur un prêt déjà avancé
L'âge limite des garanties
Sur un prêt qui se termine après vos 65 ans, vérifiez que le nouveau contrat couvre l'incapacité de travail jusqu'au terme. Beaucoup de contrats arrêtent cette garantie à 65 ans, voire à la liquidation de la retraite. Sur un prêt avancé, ce point est souvent plus déterminant que le tarif.
Le délai de carence du nouveau contrat
Certains contrats prévoient une période initiale pendant laquelle certaines garanties ne jouent pas encore. Sur un prêt qui se termine dans quatre ans, un délai de carence de douze mois ampute un quart de la couverture utile. Cette clause figure aux conditions générales et se lit avant de signer.
L'équivalence reste exigée
L'ancienneté du prêt ne relâche en rien l'examen bancaire. La banque applique les mêmes critères qu'au premier jour, et un contrat allégé pour compenser le tarif lié à votre âge se fera refuser exactement comme il l'aurait été dix ans plus tôt.
Votre calcul,
fait avant de vous engager
Nous chiffrons le coût total restant de votre contrat actuel et celui d'une délégation à votre âge d'aujourd'hui. Si l'écart ne justifie pas la démarche, nous vous le disons. Sans frais, sans engagement.
Changer en cours de prêt,
vos questions
Oui, à tout moment et sans frais depuis le 1er septembre 2022, quelle que soit la date de signature de votre crédit. La loi Lemoine a supprimé toute condition de délai, de date anniversaire et de préavis pour les crédits immobiliers à usage d'habitation.
Il n'y a pas de seuil universel, mais le point de bascule se situe généralement entre 52 et 57 ans, parce que la tarification individuelle d'une délégation finit par rejoindre puis dépasser la tarification mutualisée d'un contrat groupe. Avec dix ans restants et moins de 50 ans, l'opération reste presque toujours favorable.
Oui, et c'est le principal frein sur un prêt avancé. Un emprunteur ayant souscrit à 32 ans qui change à 52 ans obtient un tarif de quinquagénaire. C'est la raison pour laquelle il vaut mieux déléguer tôt, idéalement dès la mise en place du prêt.
L'arrêt du tabac depuis plus de deux ans, l'ouverture du délai du droit à l'oubli cinq ans après un protocole thérapeutique, la stabilisation d'une pathologie chronique, ou un changement pour une profession moins exposée. Chacun de ces éléments peut faire chuter le tarif bien plus que l'âge ne le fait monter.
Oui, sauf si vous relevez de la loi Lemoine, c'est-à-dire moins de 200 000 euros de capital assuré et un prêt soldé avant votre soixantième anniversaire. Sur un prêt déjà avancé, le capital restant est souvent inférieur au seuil, ce qui ouvre parfois cette porte alors qu'elle était fermée à la souscription.
L'information figure aux conditions générales, et se vérifie plus vite en regardant vos relevés : une cotisation strictement identique depuis des années indique un calcul sur capital initial, une cotisation qui baisse chaque année indique un calcul sur capital restant dû. Sans cette information, comparer deux taux n'a pas de sens.