L'arbitrage le plus mal expliqué

Emprunter à deux —
la quotité qu'il ne faut pas rater

La quotité se décide en trente secondes au guichet et engage vingt ans. Une répartition mal choisie ne se voit jamais — jusqu'au jour où elle laisse le survivant avec la moitié d'un crédit et la moitié des revenus du foyer.

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Le principe

Ce qu'est la quotité, en une phrase

La quotité est la part du capital emprunté que l'assurance couvre pour chaque tête. Elle s'exprime en pourcentage, et le total des quotités doit atteindre au minimum 100 % du prêt. Il peut aller jusqu'à 200 %, soit chaque emprunteur couvert intégralement.

Ce chiffre détermine deux choses en même temps : ce que vous payez chaque mois, et ce qui reste à rembourser par le survivant en cas de sinistre. Les deux varient en sens inverse, et c'est tout l'arbitrage.

Le piège classique est de traiter la question comme une formalité administrative parce qu'elle arrive en fin de parcours, après la négociation du taux, quand tout le monde est fatigué. C'est pourtant l'un des rares paramètres du dossier qui se décide librement, et qui ne se rattrape pas facilement ensuite.

Les répartitions

Ce que chaque répartition laisse réellement au survivant

Prenons un prêt de 250 000 €, avec un sinistre survenant alors qu'il reste 200 000 € à rembourser. Voici ce que chaque configuration produit concrètement.

Effet de la quotité sur le capital restant à la charge du survivant
RépartitionCoût de l'assuranceSi l'emprunteur A décèdeReste à charge du survivant
50 % / 50 %Le plus bas100 000 € remboursés100 000 €
70 % / 30 %Intermédiaire140 000 € remboursés60 000 €
100 % / 100 %Le plus élevé200 000 € remboursés0 €
100 % / 50 %Intermédiaire haut200 000 € remboursés0 €

La dernière ligne mérite attention : elle solde le prêt si A disparaît, tout en coûtant moins cher qu'une couverture symétrique à 200 %. C'est souvent le meilleur compromis quand les revenus sont déséquilibrés.

L'arbitrage

Comment arbitrer selon l'écart de revenus

La bonne question n'est pas « combien ça coûte » mais « de quels revenus le foyer dispose-t-il encore si l'un des deux disparaît ». Une répartition 50/50 sur un couple aux revenus très déséquilibrés produit la pire des configurations : si celui qui gagne le plus disparaît, le survivant perd l'essentiel des ressources du foyer et conserve la moitié du crédit.

À l'inverse, quand les deux revenus sont proches, une répartition symétrique a du sens : chacun pourrait absorber une partie de la charge, et le surcoût d'une couverture intégrale se justifie moins.

Un troisième paramètre entre en jeu : la présence d'enfants et l'existence d'autres protections, prévoyance professionnelle ou capital décès notamment. Un emprunteur déjà bien couvert par ailleurs n'a pas les mêmes besoins qu'un indépendant sans filet. La quotité se décide en regardant l'ensemble, pas la seule ligne du prêt.

Cas particuliers

Trois situations qui changent la donne

Un seul emprunteur est assurable

Si l'un des deux présente un risque aggravé de santé, la répartition ne doit pas se décider sur le seul critère du prix. Une couverture renforcée sur la tête assurable peut compenser partiellement.

Les revenus vont évoluer

Une quotité se révise. Un changement durable d'équilibre des revenus — reconversion, temps partiel, création d'entreprise — justifie de reposer la question plutôt que de la laisser figée vingt ans.

La séparation

Une séparation n'annule pas le prêt ni l'assurance. Tant que le crédit court et que les deux figurent à l'acte, les obligations demeurent. Le rachat de la part de l'un impose généralement de revoir entièrement le montage.

À vérifier

Les points à vérifier avant de signer

Cinq questions à poser avant que la quotité ne soit figée dans l'offre de prêt.

  • Quel reste à charge pour chacun : faites chiffrer le capital qui resterait dû pour chaque scénario, pas seulement la cotisation mensuelle.
  • Les garanties sont-elles identiques sur les deux têtes : une quotité élevée sur une tête faiblement garantie ne protège pas grand-chose.
  • Chaque emprunteur a-t-il son propre contrat : en délégation, il est possible d'assurer chacun auprès de l'assureur qui traite le mieux son profil.
  • La quotité est-elle révisable : vérifiez les conditions de modification en cours de prêt, elles varient selon les contrats.
  • Que prévoient les autres protections : prévoyance professionnelle, capital décès, contrats existants : la quotité se décide en connaissant le reste.

Ces cinq réponses tiennent sur une page et évitent de découvrir le montage vingt ans trop tard.

Emprunter seul

Emprunter seul quand on vit à deux

Tous les couples n'empruntent pas ensemble. Achat avant mariage, volonté de préserver la capacité d'emprunt de l'un, écart de situation professionnelle ou différence d'assurabilité : les raisons d'emprunter seul sont nombreuses et souvent légitimes.

Sur le plan de l'assurance, la conséquence est nette : l'emprunteur unique est couvert à 100 %, et le conjoint non emprunteur ne l'est pas du tout. S'il contribue en pratique au remboursement, son décès ou son invalidité ne déclenche aucune prise en charge, alors que le foyer perd des revenus. C'est un angle mort classique, et il ne se corrige pas par le contrat de prêt.

La réponse se trouve généralement ailleurs : un contrat de prévoyance individuelle souscrit par le conjoint non emprunteur peut compenser cette absence de couverture. Le raisonnement à tenir est toujours le même — de quels revenus le foyer dispose-t-il encore si l'un des deux disparaît, indépendamment de qui figure sur l'acte de prêt.

La déclaration

Deux emprunteurs, deux questionnaires de santé

Chaque co-emprunteur remplit son propre questionnaire de santé et est évalué séparément. Il est donc fréquent que les deux têtes du même prêt obtiennent des conditions différentes : l'un accepté sans réserve, l'autre avec une surprime ou une exclusion de garantie.

Cette asymétrie est précisément ce qui plaide pour la délégation quand elle existe. Un contrat groupe applique une grille unique, là où deux contrats individuels permettent de placer chaque emprunteur auprès de l'assureur qui traite le mieux son profil. Sur un couple dont l'un présente un antécédent médical, l'écart de cotisation entre les deux approches peut être important.

Une règle ne souffre aucune exception, quel que soit le montage retenu : on déclare ce qui doit être déclaré. Une omission sur le questionnaire, même commise sans intention de tromper, fragilise le contrat au moment où il devrait jouer. Mieux vaut un dossier accepté avec surprime qu'un contrat obtenu sur une déclaration incomplète.

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Questions fréquentes

Co-emprunteur et quotité,
vos questions

Cela dépend avant tout de l'écart de revenus. Une répartition 50/50 coûte le moins cher mais laisse le survivant avec la moitié du crédit au moment où les revenus du foyer chutent. Plus l'écart est marqué, plus il est logique de sur-couvrir celui qui apporte l'essentiel des ressources.

Le total doit atteindre au minimum 100 % du capital emprunté, et peut aller jusqu'à 200 %, soit chaque emprunteur couvert intégralement. Toutes les combinaisons intermédiaires sont possibles.

C'est possible selon les contrats, et c'est l'un des points à vérifier avant de signer. Un changement durable d'équilibre des revenus justifie de reposer la question plutôt que de laisser la répartition figée sur toute la durée.

Une séparation n'annule ni le prêt ni l'assurance. Tant que le crédit court et que les deux emprunteurs figurent à l'acte, les obligations subsistent. Un rachat de la part de l'un impose généralement de revoir l'ensemble du montage avec la banque.

Non. En délégation, il est tout à fait possible d'assurer chaque emprunteur auprès de l'assureur qui traite le mieux son profil. C'est souvent pertinent lorsque l'un des deux présente un risque aggravé de santé.

La répartition ne doit alors pas se décider sur le prix. Renforcer la couverture sur la tête assurable compense partiellement, et le dossier de l'autre peut relever de la convention AERAS, qui organise l'accès au crédit en cas de risque aggravé de santé.

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