Le tableau des prix par métier

Commençons par les chiffres, puisque c'est ce que vous êtes venu chercher. Ces fourchettes correspondent à ce qu'on observe sur le marché français en 2026, pour une activité principale unique, un artisan sans sinistre et des techniques dites courantes.

Cotisations annuelles indicatives, hors taxes de fractionnement. Un même métier varie couramment du simple au double selon l'assureur et le profil de l'artisan — ces montants servent de repère, pas de tarif.
Métier CA 50 000 € CA 200 000 € Niveau de risque
Peintre≈ 900 €≈ 1 550 €Faible
Électricien≈ 900 €≈ 1 550 €Faible
Plâtrier / isolation intérieure≈ 900 €≈ 1 900 €Faible
Cuisiniste≈ 1 050 €≈ 2 100 €Faible
Menuisier≈ 1 150 €≈ 2 400 €Moyen
Plombier-chauffagiste≈ 1 350 €≈ 2 400 €Moyen
Carreleur≈ 1 350 €≈ 2 600 €Moyen
Terrassier≈ 1 400 €≈ 2 750 €Moyen
Façadier / ITE≈ 1 500 €≈ 2 850 €Élevé
Couvreur / charpentier≈ 1 650 €≈ 3 100 €Élevé
Maçon / gros œuvre≈ 2 050 €≈ 3 500 €Élevé
Pisciniste≈ 3 500 €≈ 5 200 €Très élevé
Étanchéité de toiture≈ 6 500 €≈ 8 500 €Très élevé

Ce que ce tableau raconte, au fond, c'est le coût moyen d'un sinistre dans chaque métier. Un défaut de peinture se reprend pour quelques centaines d'euros. Une toiture-terrasse qui prend l'eau, c'est une reprise complète du complexe d'étanchéité, souvent au-delà de 30 000 €, parfois avec relogement des occupants. L'assureur ne fait que traduire cette réalité en taux.

Notez aussi la progression : quand le chiffre d'affaires quadruple, la prime ne quadruple pas. Elle augmente d'environ 70 à 110 % selon les métiers. Il y a une part fixe dans le coût du contrat, et les taux sont dégressifs par tranches.

Comment les assureurs calculent votre prime

Le raisonnement est toujours le même, quel que soit l'assureur. On part de votre chiffre d'affaires déclaré pour l'exercice à venir, et on lui applique un taux propre à chaque activité — de l'ordre de 1,5 % pour les métiers les plus doux, jusqu'à 8 % et au-delà pour l'étanchéité ou les piscines.

Ensuite viennent les correctifs, à la hausse comme à la baisse. C'est là que deux artisans du même métier, avec le même CA, se retrouvent avec 800 € d'écart sur leur cotisation.

Un point que beaucoup ignorent : la prime est provisionnelle. Vous déclarez un CA prévisionnel, vous payez sur cette base, et l'assureur régularise en fin d'exercice sur votre CA réel. Sous-déclarer pour payer moins ne fait que reporter la facture — avec, en prime, un risque de réduction proportionnelle d'indemnité si l'écart est jugé de mauvaise foi.

La formule, en une ligne

  • Prime = CA déclaré × taux d'activité × coefficients de profil, avec un minimum de prime contractuel (souvent 800 à 1 200 €) qui s'applique aux petits chiffres d'affaires.
  • Ce minimum explique pourquoi un micro-entrepreneur à 15 000 € de CA ne paie pas trois fois moins qu'un artisan à 45 000 €.

Les six facteurs qui font grimper la facture

1. Le nombre d'activités déclarées

Chaque activité ajoutée porte son propre taux. Un maçon qui déclare aussi le carrelage et la couverture cumule trois taux sur son CA réparti. C'est légitime, mais c'est aussi le premier poste d'économie quand on déclare des activités qu'on n'exerce plus.

2. L'absence d'antériorité

Une création d'activité subit couramment une majoration de l'ordre de 10 %, et surtout un choix d'assureurs restreint. Le sujet est détaillé dans notre guide décennale auto-entrepreneur.

3. La sinistralité passée

Deux sinistres décennaux déclarés sur cinq ans, et vous sortez du marché standard. Les tarifs peuvent alors doubler, quand un assureur accepte encore.

4. Les techniques non courantes

Tout ce qui sort des DTU et des Avis Techniques du CSTB — matériaux innovants, procédés d'isolation biosourcés récents, certaines structures bois — n'est pas garanti d'office. L'extension existe, elle se paie, et elle suppose un dossier technique. L'oublier, c'est croire être couvert sur des chantiers qui ne le sont pas.

5. La sous-traitance

Faire appel à des sous-traitants augmente le risque du point de vue de l'assureur, qui majore souvent la prime au-delà d'un certain pourcentage du CA sous-traité. Et il vous demandera les attestations de vos sous-traitants en cas de sinistre.

6. Le montant des chantiers

Un contrat standard couvre les chantiers jusqu'à un coût total d'ouvrage donné — fréquemment 500 000 € ou 1 M€. Au-delà, il faut une déclaration préalable, chantier par chantier. Un artisan qui décroche une opération à 2 M€ sans prévenir son assureur peut se retrouver hors garantie sur le chantier le plus important de sa carrière.

Combien pour votre profil exact ?

Un devis d'assurance décennale n'a de sens qu'avec vos activités réelles, votre CA et votre antériorité. Nous consultons plus de 20 compagnies, y compris celles qui acceptent les créations d'activité et les profils déjà résiliés.

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Six leviers pour payer moins cher

Il y a les fausses économies, et il y a les vraies. Voici celles qui fonctionnent réellement, dans l'ordre où nous les actionnons pour nos clients.

  • Nettoyer la liste des activités. C'est le levier le plus rentable et le plus négligé. Beaucoup d'artisans traînent depuis des années des activités déclarées « au cas où » qu'ils n'exercent jamais. Chacune coûte.
  • Faire valoir votre ancienneté. Au-delà de dix ans d'expérience dans le métier, des remises de l'ordre de 15 % existent — encore faut-il fournir les justificatifs, ce que peu d'artisans pensent à faire spontanément.
  • Capitaliser sur l'absence de sinistre. Après quatre années sans déclaration, une renégociation peut aller jusqu'à environ 30 % de baisse. Cela ne tombe jamais tout seul : il faut le demander, ou changer de compagnie.
  • Arbitrer la franchise. Passer d'une franchise de 1 000 € à 2 000 € réduit la prime de quelques pourcents. Utile si votre trésorerie encaisse le coup en cas de sinistre ; risqué sinon.
  • Regrouper RC Pro et décennale. Les contrats RCD combinés sont presque toujours moins chers que deux contrats séparés, et ils suppriment les zones grises entre les deux garanties.
  • Payer annuellement plutôt que mensuellement. Le fractionnement coûte généralement 3 à 5 % de plus. Sur une prime de 2 000 €, c'est 60 à 100 € par an d'économie immédiate.

En revanche, un levier que nous déconseillons : sous-déclarer le chiffre d'affaires. La régularisation annuelle rattrape tout, et l'article L113-9 du Code des assurances permet à l'assureur de réduire l'indemnité proportionnellement en cas de déclaration inexacte de bonne foi. Vous économisez 300 € de prime pour risquer 40 % d'un sinistre.

« Décennale pas chère » : les pièges du prix d'appel

Une assurance décennale pas chère n'est pas forcément mauvaise. Mais les offres nettement sous le marché reposent presque toujours sur l'un de ces trois mécanismes, et il vaut mieux savoir lequel avant de signer.

Une franchise gonflée. Une prime allégée de 300 € contre une franchise portée à 3 000 € par sinistre : l'économie disparaît au premier désordre.

Un périmètre d'activités réduit. Le tarif affiché correspond à une activité unique, très étroitement définie. L'artisan croit être couvert pour son métier, il l'est pour un sous-ensemble.

Un assureur fragile ou en libre prestation de services. Le sujet est sensible depuis les défaillances d'assureurs étrangers qui ont laissé des milliers d'artisans français sans couverture effective, avec des attestations pourtant valables sur le papier. Vérifiez que la compagnie figure bien sur la liste de l'ACPR, ou passez par un intermédiaire qui engage sa responsabilité sur ce choix.

Le bon réflexe : comparer à garanties équivalentes. Même plafond, même franchise, mêmes activités, même couverture géographique. À ce moment-là seulement, le prix devient un critère de décision.

Lire un devis de décennale en cinq minutes

Quand vous recevez une proposition, cinq lignes méritent votre attention avant le montant en bas de page :

  1. La liste des activités garanties. Mot pour mot. Si vous posez des poêles à granulés, le mot doit apparaître.
  2. Le coût total d'ouvrage maximum par chantier, au-delà duquel une déclaration préalable est exigée.
  3. La franchise, et notamment si elle est différente pour la décennale et pour la RC Pro.
  4. La couverture géographique : France métropolitaine seule, ou DOM inclus ?
  5. Les techniques non courantes : incluses, exclues, ou soumises à accord préalable ?

Une fois ces cinq points alignés entre deux devis, la comparaison des prix devient honnête. Avant, elle ne veut rien dire — et c'est exactement ce sur quoi comptent les comparateurs qui affichent des tarifs à deux chiffres par mois.

Questions fréquentes

Un micro-entrepreneur paie-t-il moins cher qu'une SARL ?

À métier identique, oui — de l'ordre de moitié moins — mais pas à cause du statut : simplement parce que le chiffre d'affaires est plus faible. Le taux appliqué, lui, est le même. Attention toutefois au minimum de prime, qui limite la baisse pour les très petits CA.

Puis-je changer d'assureur décennale en cours d'année ?

Un contrat professionnel se résilie à l'échéance annuelle, avec un préavis généralement de deux mois — la résiliation infra-annuelle de la loi Hamon ne s'applique pas aux contrats professionnels. Point capital : faites chevaucher les dates. Un jour de trou, et les chantiers ouverts ce jour-là ne seront jamais garantis.

Que couvre exactement la prime que je paie ?

La garantie décennale proprement dite (désordres compromettant la solidité ou rendant l'ouvrage impropre à sa destination, pendant 10 ans après réception), et dans un contrat RCD, la responsabilité civile d'exploitation et professionnelle pendant les travaux. La garantie de bon fonctionnement de deux ans et la garantie de parfait achèvement d'un an relèvent d'autres régimes.

Faut-il déclarer un CA prévisionnel prudent ou optimiste ?

Réaliste. Sur-déclarer vous fait payer une trésorerie inutile pendant un an, sous-déclarer vous expose à une régularisation salée et à une possible réduction d'indemnité. En cas d'incertitude, déclarez au plus proche de votre prévision sérieuse et signalez tout dépassement significatif en cours d'exercice.

Les tarifs vont-ils continuer à monter ?

La tendance de fond reste haussière, portée par le coût de la reprise des désordres et par la sinistralité liée aux rénovations énergétiques mal exécutées. Cela dit, la concurrence entre assureurs s'est renforcée sur les métiers de second œuvre. Faire jouer le marché tous les deux ou trois ans reste payant.

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